Louise Robert, ce que les mains voient avant les yeux

Facialiste sous le nom de Narcisse, Louise Robert reçoit dans son cabinet de la rue Beaubourg, à Paris. Avant cela, elle a passé vingt-deux ans dans la mode comme styliste puis directrice de collection. Elle a donc longtemps travaillé sur l'image avant de s'intéresser à ce qui se passe sous l'image.
Aujourd'hui, elle travaille sur les visages. Avec les mains bien sûr, mais aussi avec tout ce qui peut influencer leur évolution : la peau, les muscles, la circulation, les habitudes, le mode de vie, les cosmétiques, certaines technologies. Le vieillissement l'intéresse beaucoup, l'idée de lutter contre lui beaucoup moins.
Ce qu'elle cherche à comprendre, c'est plutôt comment préserver la vitalité, la mobilité et les formes d'un visage qui évolue.
Quel rapport entretenez-vous avec votre peau ?
Un rapport beaucoup plus pragmatique qu'avant. Je l'observe, je l'écoute, j'en prends soin, mais j'essaie de ne pas en faire un bulletin quotidien de mon état général.
À 48 ans, je la trouve aussi plus intéressante qu'à 30. Elle demande davantage d'attention, elle pardonne moins certaines négligences, mais elle m'a surtout obligée à mieux comprendre son fonctionnement. Je ne cherche plus tellement à avoir une « belle peau » tous les jours. Je cherche à avoir une peau saine, confortable, résistante, capable de bien vieillir. La nuance me paraît importante.
Que lisez-vous sur un visage avant de le toucher ?
Je regarde d'abord comment il se tient. Bien avant les rides, je regarde les volumes, les asymétries, les tensions, la façon dont la mâchoire se place, dont le cou accompagne le visage, les zones qui semblent mobiles et celles qui le sont moins. Je regarde aussi la peau, évidemment : son éclat, sa texture, son niveau d'hydratation, ses rougeurs éventuelles.
Mais ce qui m'intéresse beaucoup dans mon métier, c'est précisément l'écart entre ce que je vois et ce que mes mains vont ensuite découvrir. Un visage peut paraître détendu et être extrêmement contracté. Une zone que je pensais devoir travailler peut finalement n'être que la conséquence d'une tension située ailleurs. Le toucher vient souvent corriger la première lecture.
Quelle est votre routine skincare du moment ?
Elle est assez stable, justement parce que j'ai longtemps eu tendance à vouloir tout essayer.
Le soir, je nettoie avec beaucoup d'attention, avec un double nettoyage. J'utilise ensuite des peptides et du rétinol, auxquels j'ajoute selon les périodes des produits plus ciblés. Le matin, je nettoie très peu : eau fraîche, lotion, puis antioxydants, hydratation et protection solaire selon mon exposition.
Et je masse mon visage presque tous les jours, quelques minutes seulement. Avec le temps, je suis devenue beaucoup plus convaincue par la régularité que par la sophistication. Une routine assez simple que vous faites réellement pendant des années me paraît plus intéressante qu'une salle de bains transformée en laboratoire expérimental.
Le geste et le produit, comment travaillent-ils ensemble ?
Je ne leur demande pas la même chose. Un cosmétique agit principalement sur la peau et peut avoir des effets très intéressants lorsqu'il contient les bons actifs, dans la bonne formulation. Le geste travaille autrement : il mobilise les tissus, agit sur les tensions musculaires, accompagne les circulations sanguine et lymphatique et permet aussi de maintenir une certaine mobilité du visage.
Je me méfie donc un peu des promesses qui attribuent au massage les pouvoirs d'un actif cosmétique, ou à une crème ceux d'un travail manuel. Ce sont deux outils différents. En revanche, lorsqu'ils sont bien choisis et utilisés avec régularité, ils se complètent remarquablement bien.
Être bien dans sa peau, pour vous, ça veut dire quoi ?
Peut-être réussir à s'en occuper sans passer son temps à vouloir la corriger.
Je trouve assez vertigineux le nombre de choses que nous sommes désormais censées surveiller sur nos visages : les rides, les pores, les taches, le relâchement, l'ovale, les cernes, la symétrie. À force de chercher ce qui pourrait être amélioré, nous finissons parfois par ne plus très bien voir ce qui va.
Être bien dans sa peau, pour moi, ce n'est donc ni renoncer à intervenir, ni prétendre aimer chaque ride avec enthousiasme. J'aime les cosmétiques, les massages, les technologies et tout ce qui permet de prendre soin de soi. Mais j'aime qu'ils restent des outils, pas qu'ils deviennent une manière de passer sa vie à se considérer comme un chantier. À mes yeux, c'est probablement là que commence un rapport plus intéressant au vieillissement.
Louise Robert exerce comme facialiste sous le nom de Narcisse, au 43 rue Beaubourg à Paris (FR). Retrouvez-la sur Instagram : @narcisse__facialiste.